Lettre ouverte #decrim2018 aux Parti libéral du Canada

Mesdames et Messieurs les membres du parti libéral, Mesdames et Messieurs les députés, et Monsieur le Premier ministre,

L’an dernier seulement, plus de quatre mille Canadiens sont morts d’une surdose. Ces décès étaient évitables. Près de six mille autres personnes seraient décédées d’ici la fin de l’année si le taux d’augmentation d’une année à l’autre de 45 % se maintient. Si le gouvernement avait tenu compte des conseils de ceux qui ont de l’expérience vécue, de ceux qui travaillent avec ceux qui sont directement à risque et des experts en santé publique, cette crise n’aurait pas pris de l’ampleur comme elle l’a fait. Nous continuons de réclamer de la politique antidrogue fondée sur des données probantes et compatissantes.

Nous reconnaissons les efforts du gouvernement pour lutter contre l’épidémie de surdose. Un financement fédéral supplémentaire pour le traitement, des modifications réglementaires visant à élargir la distribution de la naloxone, l’approbation de l’octroi de licences pour les sites d’injection sécuritaires et la mise en place d’un cadre plus habilitant pour les sites de prévention des surdoses.

Ces mesures pourraient contribuer à atténuer les effets néfastes de cette situation d’urgence en matière de santé publique. Toutefois, ces mesures sont insuffisantes, car la crise s’aggrave actuellement. Le Canada perd plus de personnes à cause d’une surdose qu’au plus fort de l’épidémie de VIH/sida.

L’effet dévastateur de cette crise a laissé des milliers de familles canadiennes et leurs communautés affectées à jamais par la perte de leurs proches à cause d’une surdose. Notre pays dans son ensemble peut s’attendre à des répercussions sociales, culturelles et économiques à long terme de la perte de milliers de personnes. Pendant ce temps, les personnes qui consomment des substances continuent de subir des réductions injustes de la qualité de vie, résultant de l’incarcération, des casiers judiciaires et de la discrimination systémique.

Nous vous exhortons à être le gouvernement progressiste que vous avez promis d’être, en choisissant les droits de la personne et les politiques fondées sur des preuves plutôt que des reliques idéologiques. Une résolution pour une politique antidrogue sensée est à l’ordre du jour du congrès libéral fédéral d’avril 2018. Nous appuyons entièrement cette résolution et vous demandons de l’accepter en tant que politique de parti et de présenter rapidement une loi visant à décriminaliser la possession de faible quantité conformément à cette politique.

Le libellé du projet de la politique 15, Résoudre la crise des opioïdes par le biais d’une approche de santé publique stipule ce qui suit : «Il est résolu que le gouvernement du Canada traite l’abus de drogues comme un problème de santé, développe des services de désintoxication et de réduction des méfaits, et requalifie la possession et la consommation de faibles quantités de drogues en infractions administratives.»

Alors que devant les yeux du monde, les politiques nord-américaines datées et nuisibles en matière de drogues se traduisent par le marché des drogues toxiques, comme l’ont prédit les experts, nous considérons les approches censées du Portugal, des Pays-Bas, de la République tchèque, de la Norvège et d’autres pays comme des exemples qui démontrent un véritable intérêt pour la santé. Nous nous attendrions à ce qu’un gouvernement avec des valeurs canadiennes fondamentales adopte nos recommandations dans l’intérêt de la santé et la sécurité du public. Plus d’excuse pour justifier le retard.

En tant que représentants, travailleurs de première ligne, membres de famille, personnes qui utilisent des drogues, professionnels et chercheurs dans des domaines connexes des soins de santé et de la santé publique, et autres citoyens qui ont été touchés par cette crise, nous exigeons que notre gouvernement fédéral agisse en fonction de nos connaissances expérientielles et expertes et que nos élus ne retardent pas davantage une réponse efficace et opportune à cette urgence sanitaire.

Chaque jour, dans nos communautés, nous voyons l’impact fatal de la criminalisation des drogues et des personnes qui consomment des drogues. En raison des stigmates perpétrés par la prohibition, nous avons un système qui discrimine, opprime et continue de marginaliser certaines des populations les plus vulnérables de notre pays.

La crise des décès par surdose à laquelle nous sommes actuellement confrontés est une urgence de santé publique et doit être traitée comme telle, comme un problème de santé, et non comme une épidémie de comportement criminel. L’impact n’est pas seulement sur les personnes touchées, mais aussi sur la santé sociale et économique du pays.

Nous vous demandons de nous écouter alors que nous lançons un appel pour la prochaine étape essentielle : la décriminalisation. L’exemple du Portugal et d’autres pays européens montre que cette politique fonctionne.

Nous vous demandons d’éviter des milliers d’autres morts inutiles en soutenant cette résolution.

 
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